La Sprachkritik et sa fonction de critique de la société

Sous cette rubrique les auteurs du projet ESO publient des commentaires sur des disours sociaux débatant la langue et l’usage de la langue, tout cela dans une perspective linguistique de Sprachkritik.  Au sein de ces discours menés publiquement, la langue est sujet de réflexion en tant que moyen de communication, représentation de la réalité, constitution d’une situation de fait ou instrument de pouvoir. D’un autre côté des sujets sociaux sont traités par le biais de signes linguistiques ce qui amène les contributions aux discours à devenir elles-même sujets de réflexion en matière de Sprachkritik. C’est dans ces contributions que se montre de quelle manière les cultures linguistiques expriment, reproduisent et constituent – à travers l’usage de la langue – attitudes, mentalités et concepts.


Contributions actuelles:

 Juin 2018

« Gitan », « nègre », « demandeur d‘asile », « mademoiselle », « ragots de bonnes femmes », « magouiller », autant d’exemples d’un usage discriminant de la langue dans le quotidien.

            La langue n’est pas un moyen de communication neutre, mais porte constamment en elle un potentiel de mise en perspective. L’usage de la langue en discours confère à son objet une forme particulière et représente par conséquent un moyen de construction du réel. Par l’expression Political Correctness la société exerce une critique de la langue en discutant de ce qu’est la langue discriminante ou plutôt politiquement correcte et de la pertinence de telles normes linguistiques.

            Le linguiste et blogueur Anatol Stefanowitsch insiste sur la légitimité de la critique linguistique pour obtenir une société ouverte et juste. Dans son livre „Eine Frage der Moral. Warum wir politisch korrekte Sprache brauchen“ (« Une question morale. Pourquoi utilisons-nous une langue politiquement correcte ? »), il s’engage pour une langue sans discrimination : „une langue juste ne peut pas encore, seule, rendre le monde plus juste. Mais en l’utilisant, nous montrons que nous désirons absolument un monde qui soit juste. »

            Dans ses écrits militants, Anatol Stefanowitsch commence par définir ce que l’on entend par « langue politiquement correcte » et présente ensuite le débat qui existe autour du Political Correctness avec, à l’appui, des exemples marquants (l’on peut penser à Negerkönig dans « Pipi Langstrumpf »). Enfin il explique le lien logique qui existe entre langue et morale et propose un guide pour apprendre à parler moralement.

            Dans le cadre du projet Europäische Sprachkritik Online (ESO), nous aimerions renvoyer le lecteur à une publication intéressante parue dans l’édition Duden en mars 2018 :

https://www.duden.de/Shop/Eine-Frage-der-Moral


 Juin 2014

Johannes Funk/Katharina Jacob/Luisa Larsen/Maria Mast/Verena Weiland/Kathrin Wenz

Roi des nègres ou Roi des mers du Sud ? Une prise de position sous l’angle de la linguistique et de Sprachkritik

1 Du débat au sein de la société à la réflexion scientifique (Katharina Jacob)

Le racisme, c’est une conviction ; on n’arrivera pas à l’abolir en abolissant des mots.

(DER TAGESSPIEGEL 27.01.2013)

Les mots font leurs effets, même s’ils ne sont pas prononcés dans une mauvaise intention.

(DER TAGESSPIEGEL 18.01.2013)

Quand il s’agit de mots, même s’ils sont méchants, il convient de revoir le contexte dans lequel on les utilise.

(DER TAGESSPIEGEL 20.01.2013)

Les citations de ce genre montrent que le débat autour des termes discriminatoires dans la littérature pour enfants et adolescents est ranimé – et ceci ne remonte pas seulement à la controverse au sujet du « Roi nègre » dans « Fiffi Brindacier ». Les termes dans la littérature pour enfants et adolescents déclenchent de vifs débats au sein de la presse – la société critique l’usage de la langue, pratique la Sprachkritik.

Il y a des voix qui se prononcent en faveur de l’élimination d’extraits du texte qui expriment des mots et des idées discriminatoires. D’autres revendiquent la transformation de ces extraits de textes et de supprimer ainsi les termes de « Roi des nègres » pour le remplacer par « Roi des mers du Sud ».

Cependant, il y d’autres voix qui veulent garder la liberté artistique des auteurs, respecter le texte en tant qu’expression artistique et sensibiliser les enfants plutôt avec des commentaires ou des explications. Voilà pourquoi la société se demande : Est-ce que nous devons éliminer, remplacer ou garder et commenter (voire expliquer) ces expressions issues de la littérature pour enfants et adolescents ?

Puisqu’il n’y a guère eu de voix issues de la linguistique qui se soient prononcées à ce sujet, nous avons décidé de prendre ceci comme point de départ pour développer notre point de vue – car la linguistique, elle aussi, pratique la Sprachkritik.

Nous sommes des titulaires de bourses, des membres de l’école doctorale ou encore des collaborateurs au sein du projet La Sprachkritik en Europe (en allemand : Europäische Sprachkritik Online, ESO) qui dans le cadre de Centre européen de linguistique, en allemand : Europäisches Zentrum für Sprachwissenschaften (EZS, http://www.ezs‐online.de) analysent la Sprachkritik en comparant diverses langues européennes.  Chacun de nous développera, dans ce qui suit, sa perspective linguistique comparative sur ce débat. Nous allons conclure notre contribution par une recommandation, élaborée sous l’angle de la linguistique et de la Sprachkritik.

Lire la contribution entière ici :
J. Funk/ K. Jacob/ L. Larsen/ M. Mast/ V. Weiland/ K. Wenz – Negerkönig oder Südseekönig? Eine linguistisch-sprachkritische Stellungnahme

 

Juin 2013

Kathrin Wenz

Professeurs ou Professeur*e*s (Professoren et Professorinnen) – un cas de Sprachkritikministe ?

Ces dernières semaines, il était question dans la presse (allemande ; note du traducteur) du fait que l’université de Leipzig avait introduit désormais la forme générique féminine, au lieu de la forme générique traditionellement masculine de la langue allemande pour les professeurs masculins et féminins. L’université de Potsdam a également suivi cet exemple (cf. l’article de la Berliner Zeitung et de Spiegel Online 4.6., 5.6.2013). Son porte-parole Mme Mangelsdorf explique cette décision en évoquant la meilleure lisibilité. En outre, le groupe de projet ayant élaboré cette proposition est d’avis que, « après des siècles d’usage de la langue marqué par la pensée patriarcale, le temps était venu de choisir les désignations féminines de la langue » (article du Tagesspiegel, 4.7.2013). Ces décisions ont suscité de fortes réactions. Les féministes saluent ce règlement et le voient comme un pas important vers des relations linguistiques plus justes. Ceux qui critiquent cette décision pensent que celle-ci est insensée et ne change rien à la situation de discrimination des femmes dans les faits. Il s’agit là de l’exemple le plus récent du débat concernant l’égalité des sexes quant aux désignations professionnelles d’hommes et de femmes.

Lire la contribution entière ici :

K. Wenz – Professoren und Professorinnen – ein Fall für die feministische Sprachkritik_